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Comités de pilotage : rôle réel

Cette page s’inscrit dans l’ensemble « Gouvernance, décisions et arbitrages projet ».

Entre pilotage stratégique et évitement décisionnel.

Le problème tel qu’il se pose

Le comité de pilotage est officiellement présenté comme l’instance centrale de gouvernance des projets. Il est censé fixer les orientations, arbitrer les priorités, sécuriser les ressources et trancher les décisions structurantes. Sur le papier, son rôle est clair et légitime.

Dans la pratique, beaucoup de comités dérivent vers un fonctionnement très différent. Ils deviennent progressivement des chambres d’enregistrement. Les décisions arrivent déjà cadrées, préparées en amont, parfois verrouillées. Les échanges restent superficiels, les sujets sensibles sont évités, et le comité se contente souvent de valider ce qui a déjà été décidé ailleurs.

Cette dérive n’est pas volontaire. Elle s’explique par des mécanismes organisationnels profonds. Arbitrer réellement suppose d’assumer des choix difficiles, de redistribuer des ressources, de créer des perdants. Les membres du comité portent eux-mêmes des enjeux politiques, budgétaires ou de carrière qui les incitent à éviter l’exposition et le conflit. Le consensus apparent masque alors une absence de décisions structurantes.

Ce qui se joue réellement

Lorsque le comité évite les arbitrages difficiles, la complexité ne disparaît pas. Elle est déplacée. Faute de décisions explicites au bon niveau, elle est transférée vers les chefs de projet et les managers intermédiaires.

Ce sont eux qui, au quotidien, doivent arbitrer sans mandat clair entre des priorités contradictoires, gérer les tensions de ressources, absorber les injonctions paradoxales. Le système fonctionne grâce à leur capacité d’adaptation, ce qui donne l’illusion que le projet avance, alors que la gouvernance est en réalité affaiblie.

Le comité devient alors un rituel organisationnel rassurant, mais peu efficace. Les réunions s’enchaînent, les supports s’accumulent, les indicateurs sont commentés, mais les vrais choix restent hors champ. Le pouvoir de décision est dilué, la responsabilité déplacée.

Ce que ça change pour les chefs de projet

Dans ce contexte, le chef de projet voit son rôle profondément transformé. Il ne vient plus chercher des arbitrages clairs, mais des validations de façade. Il devient le régulateur d’un système qui refuse de trancher.

Il doit gérer les conséquences organisationnelles de décisions qu’il n’a pas prises, arbitrer localement des conflits structurels, expliquer aux équipes des choix qui n’ont jamais été réellement discutés. Sa légitimité est fragilisée, car il porte des décisions sans pouvoir les assumer pleinement.

Lorsque le comité joue réellement son rôle, la relation change. Le chef de projet trouve un appui. Les arbitrages sont explicités, les tensions traitées au bon niveau, les priorités clarifiées. Le projet cesse d’être porté par un individu isolé et devient réellement soutenu par la gouvernance.

En synthèse

Le rôle réel d’un comité de pilotage ne se mesure pas à la qualité des supports présentés, mais à la nature des décisions prises.

Lorsqu’il assume les arbitrages difficiles, le comité renforce le projet, sécurise les acteurs et stabilise la gouvernance. Lorsqu’il les évite, il fragilise l’ensemble du système en transférant la complexité vers l’opérationnel.

Un comité de pilotage n’est pas un décor organisationnel. C’est un lieu de pouvoir. Et comme tout lieu de pouvoir, il révèle ce que l’organisation accepte – ou refuse – réellement de décider.

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